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Financement du commerce international : avant et après expédition

Financer ses exportations : préfinancement, escompte sous crédit et remise documentaires, affacturage, forfaitage, affacturage inversé, coûts et exemples.

À retenir

  • L'exportateur paie ses intrants, sa production et son fret bien avant d'être payé par l'acheteur : le financement du commerce international comble cet écart, avant et après l'expédition.
  • Le préfinancement, comme le crédit de préfinancement export, s'obtient plus facilement lorsqu'il s'appuie sur une commande ferme, un crédit documentaire ou un acompte de l'acheteur.
  • Après l'expédition, les créances peuvent être transformées en trésorerie par l'escompte de traites et d'engagements de paiement différé, l'affacturage des factures ou le forfaitage de créances garanties par une banque.
  • Avec recours, vous restez tenu si l'acheteur ne paie pas ; sans recours, le financeur prend le risque de crédit et le facture.
  • C'est la sûreté attachée à la créance, crédit confirmé, aval ou assurance-crédit, qui réduit le plus le coût de son financement.

Une commande export est une bonne nouvelle qui coûte de l'argent. Vous achetez des matières premières, payez les salaires, les emballages et le transport intérieur, payez souvent le fret, puis vous attendez : la traversée, l'arrivée des documents à la banque de l'acheteur, le délai de paiement que vous avez accordé. Entre votre première dépense et le paiement de l'acheteur, trois à six mois peuvent s'écouler. Sans financement, un exportateur en croissance peut manquer de trésorerie précisément parce qu'il remporte des commandes.

Le financement du commerce international est l'ensemble des techniques bancaires et non bancaires qui comblent cet écart, et sa logique est simple : plus votre paiement futur est sûr, plus il est facile et peu coûteux d'emprunter en vous appuyant sur lui. Un crédit documentaire confirmé ou une créance assurée est une excellente garantie ; une facture en compte ouvert non garantie sur un acheteur inconnu ne l'est pas.

Cette leçon suit le cycle de trésorerie d'une opération export, puis présente les principales techniques de préfinancement et de financement après expédition, avec leurs coûts, la question du recours et trois exemples chiffrés : crédit de préfinancement, affacturage et forfaitage.

Le besoin de trésorerie d'une opération export

Imaginez le cycle type d'un fabricant qui vend à 60 jours date de connaissement :

  1. Jour 0 : réception de la commande ; achat des matières premières, souvent payées à 30 jours.
  2. Jours 0 à 45 : production et conditionnement ; paiement des salaires et des frais généraux.
  3. Jour 50 : expédition ; paiement du transport intérieur, des frais portuaires et éventuellement du fret.
  4. Jour 110 : l'acheteur paie, 60 jours après la date du connaissement.

Vos coûts sont payés entre le jour 30 et le jour 50, votre argent arrive le jour 110 : deux mois ou plus de financement sur le coût total de la commande. Le préfinancement couvre la première partie, le financement après expédition la seconde.

Le préfinancement (avant expédition)

TechniqueFonctionnementGarantie habituelle
Crédit de préfinancement exportPrêt à court terme pour une commande précise, remboursé par le produit de l'exportationCommande ferme ou crédit documentaire, cession du produit de l'exportation
Crédit red clause ou green clauseAvance versée au titre du crédit documentaire de l'acheteur avant l'expéditionLe crédit documentaire ; récépissés d'entrepôt pour la green clause
Acompte de l'acheteurL'acheteur vous finance directementSouvent une garantie de restitution d'acompte de votre banque
Découvert ou ligne de fonds de roulementFinancement général, non lié à une opérationSignature globale de l'entreprise
Financement sur stocks ou sur récépissés d'entrepôtPrêt sur marchandises entreposées, souvent des matières premièresRécépissés d'entrepôt émis par un entrepôt agréé

Le crédit de préfinancement est généralement limité à un pourcentage de la valeur de la commande, par exemple 60 à 80 %, et la banque voudra que le produit de l'exportation transite par ses propres livres. Un crédit documentaire, surtout confirmé, rassure beaucoup plus la banque, car elle sait d'où viendra le remboursement. Voir le paiement d'avance pour les acomptes de l'acheteur, et les différents types de crédit documentaire pour les crédits red clause.

Le financement après expédition

Une fois la marchandise expédiée, vous détenez une créance sur l'acheteur ou, mieux, sur une banque. Les techniques de financement après expédition transforment cette créance en trésorerie avant son échéance.

Dans le cadre d'un crédit documentaire

  • La négociation : dans un crédit réalisable par négociation, la banque désignée achète les traites ou les documents et vous avance les fonds avant d'être elle-même remboursée.
  • L'escompte d'un engagement de paiement différé ou d'une traite acceptée : selon l'article 12 des RUU 600, une banque désignée est autorisée à payer par anticipation ou à racheter son propre engagement de paiement différé ou sa traite acceptée. Si cette banque a confirmé le crédit, vous êtes payé par anticipation, généralement sans recours.
  • L'acceptation bancaire : dans un crédit réalisable par acceptation, la traite acceptée par une banque peut être escomptée sur le marché monétaire à un taux qui reflète le risque de cette banque.

Dans le cadre d'une remise documentaire

Votre banque peut avancer une partie de la valeur des documents envoyés à l'encaissement, ou escompter une lettre de change acceptée par l'acheteur en D/A. C'est normalement avec recours : si l'acheteur ne paie pas à l'échéance, la banque vous débite. L'aval d'une banque sur la traite acceptée change la donne, car le risque devient alors un risque bancaire. Voir la remise documentaire.

L'affacturage et l'escompte de factures

L'affacturage consiste à céder vos créances à un factor, qui avance généralement 70 à 90 % de chaque facture approuvée, encaisse le paiement auprès de l'acheteur et vous verse le solde, déduction faite de ses frais.

  • Avec recours : vous supportez le risque de crédit sur l'acheteur ; le factor finance et recouvre.
  • Sans recours : le factor prend aussi le risque de crédit sur les acheteurs approuvés, dans certaines limites, souvent avec l'appui d'une assurance-crédit.
  • L'escompte de factures (affacturage non notifié) : le même financement, mais vous conservez le recouvrement et l'acheteur n'est souvent pas informé.
  • L'affacturage export à deux factors : votre factor export travaille avec un factor import dans le pays de l'acheteur, qui évalue l'acheteur et recouvre auprès de lui ; le cadre de la profession est constitué par les Règles générales de l'affacturage international de la FCI.

L'affacturage convient aux ventes régulières en compte ouvert à de nombreux acheteurs, sur des marchés où opèrent des factors. Son coût est une commission d'affacturage, souvent de l'ordre de 0,5 à 2 % du montant des factures, plus des intérêts sur les fonds avancés.

Le forfaitage

Le forfaitage est le rachat, sans recours contre l'exportateur, de créances payables à une date future, généralement matérialisées par des lettres de change ou des billets à ordre avalisés par une banque, ou par l'engagement de paiement différé d'une banque au titre d'un crédit documentaire. Le forfaiteur prend le risque sur le débiteur, sur sa banque garante et sur le pays ; l'exportateur garantit seulement que la créance existe et qu'elle est valable. Les Règles uniformes de l'ICC relatives au forfaitage (URF 800), en vigueur depuis le 1er janvier 2013, offrent un cadre standard à ces opérations lorsque les parties les adoptent.

Le forfaitage convient aux montants plus importants et aux durées plus longues, de quelques mois à plusieurs années, notamment pour les biens d'équipement. Le prix est un taux d'escompte composé d'un taux de référence et d'une marge pour le risque sur le garant et sur le pays, parfois assorti d'une commission d'engagement à compter de la date à laquelle le forfaiteur accepte d'acheter, et de jours de grâce pour le retard de paiement prévisible.

Le financement de la chaîne d'approvisionnement

Dans le financement des dettes fournisseurs, souvent appelé affacturage inversé (reverse factoring), un grand acheteur met en place avec sa banque un programme permettant à ses fournisseurs de céder par anticipation leurs factures approuvées, à un taux fondé sur la signature de l'acheteur, généralement meilleure que celle du fournisseur. Si vous vendez à un grand distributeur ou à un groupe industriel, demandez-lui s'il dispose d'un tel programme.

Quelle technique pour quelle situation ?

SituationTechniques adaptéesRecours contre vous ?
Commande ferme, besoin de trésorerie pour produireCrédit de préfinancement, acompte de l'acheteur, crédit red clauseOui
Crédit documentaire à vue, documents présentésNégociation, ou simplement attendre quelques joursGénéralement non s'il est confirmé
Crédit à paiement différé, confirméEscompte par la banque confirmante, forfaitageGénéralement non
Remise D/A avec aval bancaireEscompte, forfaitageNon en cas de forfaitage
Remise D/A sans avalEscompte avec recoursOui
Ventes régulières en compte ouvertAffacturage, escompte de factures, financement de créances assuréesSelon la formule
Grand acheteur doté d'un programmeAffacturage inverséGénéralement non

Comment préparer une demande de financement

  1. Présentez l'opération : acheteur, pays, marchandise, montant, règle Incoterms® 2020, moyen de paiement, dates.
  2. Joignez les justificatifs : contrat signé ou bon de commande, crédit documentaire, police d'assurance et agrément.
  3. Montrez votre historique avec cet acheteur et sur ce marché : expéditions passées, historique de paiement.
  4. Présentez le plan de trésorerie : ce dont vous avez besoin, quand, et par quelle recette le financement sera remboursé.
  5. Demandez le coût complet : taux d'intérêt et base de calcul, commissions, commissions d'engagement, garanties, et si le financement est avec ou sans recours.

Dans les pays soumis au contrôle des changes, la disponibilité de chaque technique, et la question de savoir qui peut financer des créances export payables en devises, dépendent de la réglementation locale et des produits de votre banque. En Algérie, par exemple, les opérations d'exportation sont domiciliées auprès d'une banque et le produit doit être rapatrié dans des délais fixés, ce qui conditionne la manière dont les créances peuvent être financées ou cédées : étudiez les options avec votre banque avant de vous engager sur un montage.

Erreurs fréquentes

  • Attendre d'être à court de trésorerie pour demander un financement : les banques financent de bonnes opérations, préparées tôt.
  • Comparer des taux d'intérêt sans tenir compte des commissions, des jours de grâce, de la base de calcul et du recours.
  • Croire que l'escompte « avec recours » supprime le risque : il ne fait qu'avancer l'argent.
  • Accepter un crédit à paiement différé sans avoir demandé à l'avance si une banque l'escomptera, et à quel prix.
  • Oublier qu'un financement en devise étrangère ajoute un risque de change si vos coûts sont dans une autre devise, ou le supprime s'il correspond à votre créance.

Questions fréquentes

Quelle est la différence entre préfinancement et financement après expédition ?

Le préfinancement finance l'exportateur avant l'expédition de la marchandise, pour acheter les matières, produire et emballer : crédit de préfinancement, crédit red clause ou avances. Le financement après expédition (post-financement) couvre la période entre l'expédition et le paiement par l'acheteur, en avançant des fonds sur la créance : escompte, négociation, affacturage, forfaitage.

Quelle est la différence entre l'affacturage et le forfaitage ?

L'affacturage finance un flux de factures à court terme, souvent en compte ouvert, avec des services comme le recouvrement et la protection contre le risque de crédit, avec ou sans recours. Le forfaitage rachète des créances individuelles, généralement plus importantes et à plus long terme, matérialisées par des lettres de change, des billets à ordre ou des engagements de paiement différé garantis par une banque, toujours sans recours contre l'exportateur.

Qu'est-ce qu'un crédit de préfinancement export ?

C'est un prêt à court terme consenti par une banque à un exportateur pour acheter, transformer, emballer et expédier la marchandise d'une commande export précise. Il est généralement accordé sur la base d'une commande ferme ou d'un crédit documentaire et remboursé par le produit de l'exportation lorsque l'acheteur paie.

Peut-on être payé par anticipation dans un crédit documentaire à paiement différé ?

Oui. Selon l'article 12 des RUU 600, une banque désignée pour contracter un engagement de paiement différé est autorisée par la banque émettrice à le payer par anticipation ou à le racheter. La banque vous verse le montant escompté après une présentation conforme ; si elle a confirmé le crédit, c'est généralement sans recours.