Remise documentaire : D/P et D/A selon les RUE 522 expliqués
La remise documentaire expliquée : D/P ou D/A, règles des RUE 522, rôle de chaque banque, étapes, coûts, risques vendeur et acheteur, exemple chiffré.
À retenir
- Dans une remise documentaire, les banques transmettent les documents et les remettent à l'acheteur contre paiement (D/P) ou contre acceptation d'une lettre de change (D/A), mais ne s'engagent jamais à payer.
- Les RUE 522 régissent la remise lorsque l'ordre d'encaissement s'y réfère ; l'ordre d'encaissement est la seule source d'instructions des banques.
- Le D/P conserve le contrôle de la marchandise jusqu'au paiement ; le D/A donne la marchandise à l'acheteur contre une promesse de payer à l'échéance.
- Le risque principal est un acheteur qui refuse les documents, laissant la marchandise dans un port étranger pendant que courent les frais de magasinage et de surestaries.
- Un acompte, l'aval d'une banque sur la traite acceptée, une assurance-crédit ou un recommandataire (besoin) réduisent ce risque.
La remise documentaire est la voie médiane des paiements internationaux. Le vendeur expédie d'abord, comme en compte ouvert, mais n'envoie pas les documents à l'acheteur : il les confie à sa banque, qui les transmet à une banque du pays de l'acheteur, laquelle ne les remet que lorsque l'acheteur paie ou accepte une lettre de change. Comme l'acheteur a besoin des documents originaux pour prendre livraison de la marchandise, le vendeur en garde le contrôle jusqu'à ce moment.
Elle est moins chère et plus simple qu'un crédit documentaire : c'est pourquoi elle reste courante dans les échanges avec l'Afrique, le Moyen-Orient et l'Asie, et pourquoi l'Algérie l'a rétablie en 2014 comme mode de paiement autorisé des importations. Mais elle a une limite fondamentale : aucune banque ne promet de payer. Cette leçon explique le fonctionnement d'une remise selon les RUE 522 de l'ICC, la différence entre D/P et D/A, ce que fait et ne fait pas chaque banque, et comment vous protéger lorsque l'acheteur dit non.
À la fin, vous saurez rédiger un ordre d'encaissement qui vous protège, choisir la modalité de remise adaptée à chaque acheteur et réagir le jour où les documents sont refusés.
Qu'est-ce qu'une remise documentaire ?
La remise documentaire (ou encaissement documentaire) est un moyen de paiement dans lequel la banque du vendeur transmet les documents d'expédition et financiers à la banque de l'acheteur, avec pour instruction de ne les remettre que contre paiement ou contre acceptation d'une lettre de change. Elle est régie par les Règles uniformes relatives aux encaissements de l'ICC, publication n° 522 (RUE 522), en vigueur depuis le 1er janvier 1996, qui s'appliquent lorsque l'ordre d'encaissement indique que la remise y est soumise, ce que les banques font systématiquement.
Les RUE 522 distinguent :
- l'encaissement simple : des documents financiers uniquement (lettre de change, chèque, billet à ordre), sans documents commerciaux ;
- l'encaissement documentaire : des documents financiers accompagnés de documents commerciaux (facture, document de transport, certificats), ou des documents commerciaux seuls.
Qui sont les intervenants d'une remise documentaire ?
| Intervenant | Qui c'est | Rôle |
|---|---|---|
| Donneur d'ordre (remettant) | Le vendeur (exportateur) | Remet les documents et donne l'ordre d'encaissement |
| Banque remettante | La banque du vendeur | Envoie les documents et l'ordre d'encaissement à une banque du pays de l'acheteur |
| Banque chargée de l'encaissement | Toute banque, autre que la banque remettante, intervenant dans le traitement de l'encaissement | Reçoit les documents de la banque remettante |
| Banque présentatrice | La banque chargée de l'encaissement qui présente les documents à l'acheteur | Remet les documents selon l'ordre d'encaissement et encaisse le paiement ou obtient l'acceptation |
| Tiré | L'acheteur (importateur) | Paie ou accepte pour obtenir les documents |
L'ordre d'encaissement est central : selon les RUE 522, les banques n'agissent que sur les instructions qu'il contient. Si vous ne donnez pas instruction à la banque de faire protester une traite impayée, d'entreposer la marchandise ou d'accepter un paiement partiel, elle ne le fera pas.
D/P ou D/A : quelle différence ?
| D/P (documents contre paiement) | D/A (documents contre acceptation) | |
|---|---|---|
| L'acheteur obtient les documents lorsque... | Il paie le montant | Il accepte une lettre de change payable à une date future |
| Le vendeur est payé | Au paiement, généralement à vue | À l'échéance de la traite, par exemple à 60 ou 90 jours de vue ou de la date du connaissement |
| Contrôle de la marchandise | Le vendeur le conserve jusqu'au paiement | Perdu dès l'acceptation par l'acheteur |
| Risque du vendeur | L'acheteur refuse les documents ; la marchandise est bloquée à l'étranger | L'acheteur accepte, prend la marchandise et ne paie pas à l'échéance |
| Risque de l'acheteur | Paie contre documents avant d'avoir inspecté la marchandise | Très faible |
Les RUE 522 ajoutent une règle utile : une remise ne devrait pas comporter une lettre de change payable à une date future assortie d'une instruction de remettre les documents contre paiement. Si c'est le cas, l'ordre d'encaissement doit préciser si les documents sont remis contre acceptation ou contre paiement ; s'il ne dit rien, les documents ne seront remis que contre paiement.
Comment fonctionne une remise documentaire, étape par étape ?
- Le vendeur et l'acheteur conviennent dans le contrat d'un paiement par remise documentaire, D/P ou D/A, et désignent la banque de l'acheteur.
- Le vendeur expédie la marchandise et obtient un jeu complet de connaissements originaux établis à ordre, généralement endossés en blanc, ou à l'ordre du chargeur.
- Le vendeur prépare les documents : facture commerciale, connaissements, liste de colisage, certificat d'origine, autres certificats et, si elle est exigée, une lettre de change tirée sur l'acheteur.
- Le vendeur remet les documents à sa banque avec un ordre d'encaissement : tiré, montant, devise, D/P ou D/A, échéance, répartition des frais, conduite à tenir en cas de non-paiement, protêt, recommandataire (besoin).
- La banque remettante vérifie que les documents semblent correspondre à la liste, puis les envoie par courrier express à la banque chargée de l'encaissement.
- La banque présentatrice avise l'acheteur. Les documents payables à vue doivent être présentés au paiement sans délai ; les documents à échéance, à l'acceptation sans délai.
- L'acheteur paie (D/P) ou accepte la traite (D/A) et reçoit les documents, qu'il utilise pour dédouaner la marchandise.
- La banque chargée de l'encaissement vire les fonds à la banque remettante, qui crédite le vendeur. En D/A, cela intervient à l'échéance.
À vue, comptez environ 2 à 4 semaines entre la remise des documents et la réception des fonds, selon le délai d'acheminement du courrier et la rapidité de paiement de l'acheteur.
Que vérifient les banques, et combien coûte une remise documentaire ?
Bien moins que dans un crédit documentaire. Selon les RUE 522 :
- les banques doivent agir de bonne foi et avec une diligence raisonnable ;
- elles doivent vérifier que les documents reçus semblent correspondre à ceux énumérés dans l'ordre d'encaissement et signaler sans délai tout document manquant ; elles n'examinent pas le contenu des documents ;
- elles ne sont responsables ni de la forme, ni de l'exactitude, ni de la portée juridique des documents, ni de la marchandise ;
- la marchandise ne doit pas être expédiée à une banque ni consignée à son ordre sans son accord préalable ; à défaut, la banque n'a aucune obligation d'en prendre livraison.
Combien coûte une remise documentaire ?
Chaque banque perçoit une commission, généralement un pourcentage du montant avec un minimum et un maximum, plus des frais de courrier et de SWIFT. Les commissions se situent couramment autour de 0,1 à 0,3 % par banque, ce qui rend la remise sensiblement moins chère qu'un crédit documentaire. L'usage veut que le vendeur paie la banque remettante et l'acheteur la banque chargée de l'encaissement, mais écrivez-le dans le contrat et dans l'ordre d'encaissement. Si l'acheteur refuse de payer les frais de la banque chargée de l'encaissement, la banque présentatrice peut remettre les documents malgré tout, sauf si votre ordre précise expressément qu'il ne peut être renoncé à ces frais.
Exemple chiffré : des carreaux de céramique vers Dakar en D/P
Un fabricant algérien de carreaux vend un conteneur de carreaux à un importateur sénégalais pour 36 000 EUR, CFR Dakar, paiement par remise documentaire D/P à vue.
- Le connaissement est établi à l'ordre du chargeur et endossé en blanc ; les trois originaux sont remis à la banque de l'exportateur avec la facture, la liste de colisage et le certificat d'origine.
- L'ordre d'encaissement précise : D/P à vue ; frais de la banque chargée de l'encaissement à la charge du tiré, sans possibilité d'y renoncer ; en cas de non-paiement, aviser par SWIFT et attendre les instructions ; recommandataire : l'agent de l'exportateur à Dakar, habilité uniquement à aider au dédouanement et à l'entreposage de la marchandise, pas à modifier les conditions.
- Commission de la banque remettante : 0,15 % avec un minimum de 60 EUR, soit 60 EUR. Courrier express : environ 50 EUR.
- L'importateur paie 36 000 EUR neuf jours après la présentation, reçoit le connaissement et dédouane le conteneur. L'exportateur est crédité 21 jours après la remise des documents.
Comment se protéger dans une remise documentaire ?
- Vérifiez l'acheteur comme pour un compte ouvert : une remise documentaire ne remplace pas une analyse de solvabilité.
- Demandez un acompte qui couvre le fret retour, les surestaries et la décote de revente.
- Gardez les titres représentatifs de la marchandise dans le circuit bancaire : n'envoyez jamais un connaissement original directement à l'acheteur, et évitez les lettres de transport maritime (sea waybills) et les télex release, qui permettent à l'acheteur de prendre livraison sans les documents.
- Désignez un recommandataire (besoin) dans le pays de l'acheteur, avec des pouvoirs précisément limités.
- Donnez des instructions de protêt pour les traites D/A lorsque le protêt est nécessaire pour préserver vos droits.
- Ajoutez un aval ou une garantie bancaire en D/A, ou assurez la créance par une assurance-crédit export.
Remise documentaire et contrôle des changes
De nombreux pays réglementent le paiement des importations. En Algérie, l'article 69 de la loi de finances complémentaire pour 2009 a fait du crédit documentaire le seul mode de paiement autorisé des importations, et l'article 81 de la loi de finances pour 2014 a rétabli la remise documentaire comme alternative. Les conditions pratiques sont fixées par les banques dans le cadre des règles de la Banque d'Algérie : un exportateur qui vend à un acheteur algérien, ou un exportateur algérien qui utilise la remise documentaire à l'étranger, doit donc confirmer les exigences en vigueur auprès de sa banque.
Erreurs fréquentes
- Considérer une remise documentaire comme une garantie de paiement : aucune banque n'a rien promis.
- Établir le connaissement directement au nom de l'acheteur, ce qui lui permet de prendre la marchandise sans passer par la banque.
- Envoyer un connaissement original avec la marchandise ou à l'acheteur « par commodité ».
- Rédiger un ordre d'encaissement vague, sans instructions en cas de non-paiement, si bien que des jours sont perdus pendant que la marchandise attend au port.
- Utiliser le D/A avec un acheteur à qui vous ne feriez pas confiance en compte ouvert : le D/A, c'est un compte ouvert avec une lettre de change.
- Oublier le caractère périssable de la marchandise : un refus sur du poisson congelé ou des dattes fraîches se transforme en perte en quelques jours, pas en quelques semaines.
Questions fréquentes
Quelle est la différence entre D/P et D/A ?
En D/P (documents contre paiement), la banque présentatrice ne remet les documents d'expédition que lorsque l'acheteur paie. En D/A (documents contre acceptation), elle les remet lorsque l'acheteur accepte une lettre de change payable à une date future : l'acheteur obtient donc la marchandise d'abord et paie à l'échéance. Le D/A est par conséquent beaucoup plus risqué pour le vendeur.
La banque garantit-elle le paiement dans une remise documentaire ?
Non. Selon les RUE 522, la banque remettante et la banque présentatrice agissent sur instructions du vendeur et doivent agir de bonne foi et avec une diligence raisonnable, mais elles ne prennent aucun engagement de paiement. Si l'acheteur refuse de payer ou d'accepter, les banques n'encourent aucune responsabilité. Seul un aval ou une garantie distincte donnée par une banque ajoute un engagement de paiement.
Que se passe-t-il si l'acheteur refuse les documents dans une remise D/P ?
La banque présentatrice en informe sans délai la banque remettante, et le vendeur doit donner ses instructions : présenter de nouveau plus tard, réduire le prix, trouver un autre acheteur ou rapatrier la marchandise. Si aucune instruction n'est reçue dans les 60 jours suivant l'avis de non-paiement, la banque présentatrice peut retourner les documents. Pendant ce temps, les frais de magasinage portuaire et de surestaries du conteneur courent, en pratique, aux frais du vendeur.
Le paiement comptant contre documents est-il la même chose que le D/P ?
Oui : en pratique, le « paiement comptant contre documents » (cash against documents, CAD) désigne une remise documentaire dans laquelle les documents sont remis contre paiement à vue, c'est-à-dire une remise D/P.